L’interview psychofood de Miss Lunch

Miss Lunch est une artiste culinaire. Après avoir notamment créé le concept Lunch in the Loft, un restaurant clandestin, elle est désormais en résidence chez PPP, près du marché d’Aligre où les spectateurs mangeurs peuvent goûter ses fulgurances.

Miss Lunch, allongez-vous confortablement sur le plan de travail s’il vous-plaît.

Enfant, qu’aimiez-vous manger ?

Des pâtes en forme de coquille avec du bouillon, du beurre sur le dessus et une Frankfort coupée en cubes dedans.

Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

Oui, j’aime toujours les pâtes, sans le beurre mais avec de l’huile d’olive et j’aime toujours les bonnes Frankfort de chez le boucher!

Enfant, que n’aimiez-vous pas manger ? Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

Le foie de bœuf, archi cuit. Je ne mange toujours pas ça maintenant, mais j’adore tous les foies, surtout le foie de veau et les foies de lapin!

Qui cuisinait chez vous ? Votre mère ? Votre père ? Les enfants ?

Ma maman, et moi!

Les parents sont le prisme au travers duquel les enfants se construisent à la fois par adhésion et par opposition à leur modèle. Sont-ils (aussi) responsables de votre passion pour la cuisine ?

Ils m’ont toujours donné la liberté de faire ce que je voulais (café éphémère à la maison, déjeuners grandioses, fêtes), mais c’est ma tante qui m’a donné mon premier Kitchenaid quand j’avais 11 ans et tous les beaux livres de cuisine!

Avez-vous souffert ou souffrez-vous d’une pathologie liée à l’alimentation ? Une addiction à un aliment en particulier ?

Pas d’addiction, juste des phases préférentielles en fonction des saisons!

Avez-vous un souvenir marquant, une sorte de « flash » culinaire (pour plagier le langage des toxicomanes) qui vous a fait plonger dans « la bouffe » ?

Hummm… Manger de la truffe fraîche pour la première fois de ma vie tout en étant assise aux côtés d’Alain Passard sans savoir si c’était vraiment bon ce que je mangeais… Tout le monde disait que c’était tellement bon, mais comme c’était la première fois, je ne pouvais pas me décider et j’étais très intimidée par les gens à table.

Manger est assurément un plaisir. Pourquoi ?

Grande satisfaction des papilles et du dialogue que ça peut provoquer! Stimulation imaginaire!

Rêvez-vous de cuisine ? Cauchermardez-vous de cuisine ?

OUI, beaucoup !
Des cauchemars genre je suis en cuisine et j’ai perdu la commande ou les commandes et je ne comprends pas pourquoi les gens n’ont pas eu leurs plats. Je tombe quand la porte du lave-vaisselle est ouverte. Je retombe dans le vide quand la trappe est ouverte.
Un rêve : la solution à la recette, l’ingrédient qui manquait …

Pour le concept « Lunch in the loft », vous accueillez des inconnus chez vous et vous discutez finalement assez peu avec eux puisque vous êtes accaparée par vos fourneaux. Quel plaisir y trouvez-vous ?

Tout se fait maintenant chez Première Pression Provence, là ou je suis artiste et cuisinière en résidence. Il n’y a plus de rideau, je cuisine dans un espace ouvert, et donc je vois les gens qui mangent et je parle avec eux. On regarde et touche mes épices sur mon comptoir de cuisine, on me pose des questions, c’est toujours sympa d’apprendre aux gens quelque chose et d’échanger avec eux, de connaître leurs retours!

Christophe Adam, pâtissier éclairé
La p’tite feuille à gros effet